Privilégiés

J’entends depuis plusieurs jours dire qu’en taxant davantage les salaires de plus de 130 000$, on dévalorise le travail et l’effort, on freine le dépassement personnel. Je ne peux tout simplement pas admettre cette hypothèse. Autour de moi, il y a un paquet de monde qui travaille du matin au soir, ou même du soir au matin, d’arrache-pied, dans des conditions parfois très difficiles. Un paquet de monde qui essaie de gagner sa vie. Un paquet de monde qui essaie de faire mieux que la veille. Un paquet de monde qui fait du mieux qu’il peut en fait. Et ce paquet de monde-là n’a jamais même imaginé pouvoir gagner plus que 100 000$ par année.

Parce que le dépassement ne se fait pas seulement à coups de salaires faramineux, de promotions, de diplômes et de gros titres, mais aussi dans la mesure de nos intérêts, de nos moyens et de nos compétences personnelles. On ne doit pas oublier que bien peu de professions ne donnent dans les faits accès à un salaire supérieur à 130 000$. Qui peut espérer atteindre ce niveau salarial? Certains professionnels de la santé, des entrepreneurs choyés, des joueurs de hockey, une poignée de cadres, des notaires et avocats, le premier ministre du Québec… Le vrai succès, le vrai effort se mesurerait donc à la hauteur de son salaire? Au choix d’une des rares professions qui peut nous mener aux plus hautes sphères salariales de la société?

On ne doit pas oublier non plus que quand on est fils d’ouvrier ou bien fils de rien, comme disait Renaud, c’est déjà tout un dépassement que de faire mieux que ses parents. C’est le travail acharné d’une vie. Et c’est une question de survie, parfois d’orgueil personnel, pas d’impôt à payer en bout de ligne.

Au contraire, les rares élus qui atteignent ces échelons salariales devraient selon moi être plus qu’heureux d’y être parvenus. Et de pouvoir aider les autres à partir de moins loin. Mais l’impression que j’ai, c’est que nombreux sont ceux qui ont toujours vécu avec un certain train de vie depuis leur naissance et qui ne se rendent peut-être pas tellement compte de la chance qu’ils ont eu par rapport à leurs concitoyens moins bien nés. Parce que tout autant que nous sommes parvenus à une société plus égalitaire depuis la Révolution tranquille, le rêve de l’égalité des chances à la naissance est loin d’être réalisé.

Alors à ceux qui se plaignent d’avoir travaillé toute leur vie pour en arriver là et de se sentir pénalisés, pensez un instant à ceux qui ont eux aussi travaillé toute leur vie pour en arriver là où ils sont, mais qui sont pénalisés par le fait d’être partis de plus loin, par le fait d’avoir choisi un métier moins payant, par le fait de ne pas avoir pu profiter d’un certain réseau de contacts, par le fait de ne pas avoir eu les moyens de s’aider à aller encore plus loin et par une tonne d’autres faits en fait. Pensez à eux qui se comptent bien chanceux de bénéficier d’une maigre retraite au bout d’années d’effort acharné. Pensez à eux qui représentent 97% de la population. Pensez à eux qui travaillent tout aussi fort que vous sans les privilèges qui viennent avec.

Ce n’est pas de la jalousie, ce n’est pas du mépris. C’est un appel à la raison. Comme l’explique si bien l’Institut Iris, «le contribuable faisant plus de 150 000$ représente le 1,5% le plus riche de la population et fait 12% de l’ensemble des revenus gagnés au Québec à lui seul. Si faire partie des 92 000 personnes qui se partagent entre elles 29 milliards de dollars n’est pas être riche, on se demande un peu ce qu’est être riche.»

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La fin d’un combat

Ça a commencé par un sérieux pincement au cœur à l’élection de Jean Charest en 2003. Et par la réingénérie de l’État contre laquelle j’ai manifesté un certain premier mai il y a plusieurs années. Ça s’est nourri lors de la grève étudiante de 2005. Et c’est devenu un urgent besoin d’agir à partir du mois de mars dernier, avec cette hausse des droits de scolarité injuste à laquelle le gouvernement Charest s’accrochait obstinément.

Ça s’est accentué au printemps avec une manifestation historique pour le bien commun, un concept qui avait perdu tout son sens durant l’ère Charest. Et ça s’est concrétisé devant un gouvernement usé à la recherche de stratégie électorale. Un gouvernement arrogant complètement déconnecté de sa jeunesse. Un gouvernement fatigué en panne d’avenir.

Ça s’est traduit par un engagement politique au sein du Parti Québécois. Par confiance. Par conviction. Et par certitude que c’était le seul parti à pouvoir mettre fin aux politiques conservatrices, aux politiques de division, aux politiques de copinage du gouvernement Charest. Par certitude qu’il était encore possible de rêver. Qu’il était temps de reprendre confiance en nous et en notre avenir collectif.

Puis c’est arrivé. Le Parti Québécois a pris le pouvoir. Dès le premier conseil des ministres hier, la hausse de 82% a été annulée. Et aujourd’hui, la loi 12 sera abrogée. Avec au passage un moratoire complet et permanent sur le gaz de schiste et la fermeture de la centrale nucléaire Gentilly-II.

C’est maintenant un gouvernement d’action, d’audace et de changement qui est en place. Un gouvernement qui respecte ses engagements. Un gouvernement à l’écoute de ses citoyens. Un gouvernement qui va prendre soin de son monde et de son territoire. Un gouvernement d’avenir.

On se réjouissait mercredi de voir trois environnementalistes prendre les rênes des ministères de l’Environnement et des Ressources naturelles. C’était une première. Mais tout comme c’est généralement un médecin qui est affecté à la Santé ou un avocat qui s’occupe de la Justice, pourquoi n’avions-nous pas pensé avant à nommer un environnementaliste à l’Environnement? Peut-être parce que la volonté n’était pas vraiment d’agir pour l’environnement et le bien commun. Mais ce sera enfin possible.

Nous y voilà donc. Un rendez-vous longtemps espéré. La reprise de contrôle de notre destin. L’avenir en marche. Et je déborde de confiance. Ça fait du bien.

Sur les vieux partis et le bipartisme

On entend beaucoup parler ces temps-ci de «vieux partis» et de bipartisme. Il faudrait absolument mettre fin à cette alternance, que l’on dit sans fin. À tout prix! Quitte à élire un parti sans aucune expérience… Mais pour quelles raisons exactement? Dans cette perspective bipolaire, on oppose le Parti libéral du Québec au Parti Québécois. Or, certaines considérations s’imposent dans cette vision simpliste.

D’abord, le Parti libéral du Québec existe depuis 1867. On peut à juste titre le qualifier de «vieux». Le Parti Québécois, quant à lui, a été créé en 1968. Historiquement parlant, c’est un parti plutôt jeune… C’est aussi le parti qui, en quatre mandats, a le plus contribué à faire avancer le Québec grâce à ses idées fraîches. Des exemples? La loi 101, la SAAQ, les MRC, le BAPE, la CSST, la Commission des normes du travail, la Régie du logement, les CPE, les Carrefours jeunesse emploi, les CLD, la Paix des Braves, et j’en passe des tonnes!

Ce que beaucoup de gens ignorent, c’est que le Parti Québécois est un parti démocratique. C’est donc un parti en constant renouvellement. Les idées viennent de la base, des militants, et donc des citoyens. Et tout le monde peut y faire une différence. Par conséquent, c’est un parti qui reste près du peuple et de ses revendications. C’est un parti près des travailleurs, des familles, des gens comme vous et moi. Et c’est surtout un parti de convictions, qui se bat pour les intérêts supérieurs du Québec, et non pour des intérêts personnels. Quand tu aspires à faire un pays, tu bâtis solide!

C’est aussi pour cette raison que je ne crois pas qu’on favorise une simple alternance de partis en élisant le Parti Québécois. Avec le bouillonnement d’idées qui lui est propre, le débat constant, le parti avance à grands pas. Après neuf années d’opposition, c’est à un nouveau parti que nous avons affaire, un nouveau programme, une nouvelle chef, une nouvelle conjoncture. Un parti 100% 2012, 100% tourné vers l’avenir! Pourquoi pensez-vous que les Léo Bureau-Blouin, Pierre Duchesne, Daniel Breton, Réjean Hébert ont décidé de s’y joindre? Parce que c’est un parti profondément ouvert et progressiste qui peut changer les choses!

L’expérience est un atout majeur pour le Parti Québécois. Pauline Marois est en politique depuis plus de 30 ans. Elle a touché à différents ministères. Elle a négocié des ententes constitutionnelles avec Ottawa, notamment lors de la création des commissions scolaires linguistiques. Elle connaît les rouages. Dès le premier jour d’un mandat, elle saura exactement où diriger les forces du parti pour réaliser le programme, par ailleurs très ambitieux. Et elle sera à la tête d’une solide équipe, composée de représentants de tous âges et de tous horizons. L’espoir, il est là!

Les neuf dernières années de gouvernement libéral nous ont mené au cynisme. On en est venu à ne plus croire en la chose politique, à ne plus croire aux promesses, à ne plus croire en la possibilité de changer les choses. Jean Charest a réussi à nous convaincre de nouveau qu’on était nés pour un petit pain, qu’on n’avait pas les moyens de nos ambitions. Il a érigé le copinage et la corruption en système d’État. Et il l’a fait avec un tel mépris, une telle arrogance, jusqu’au point où tout le monde a perdu confiance en nos possibilités.

Il faut aussi se rappeler que dans le système actuel, seul le Parti Québécois a la possibilité de remplacer le gouvernement de Jean Charest. Et que si le Parti Québécois est élu, le système pourra enfin changer. Ce qui n’est pas au programme, les citoyens pourront le proposer grâce aux référendums d’initiative populaire. On est tellement habitués au contraire qu’on a oublié que c’était possible, un gouvernement à l’écoute de ses citoyens! Mais ce l’est! Et il est à portée de vote!

Vivement des élections à date fixe!

Ça fait des mois que le premier ministre joue avec nos nerfs. Lui seul a le pouvoir de déclencher ces élections tant attendues et tant réclamées. Et on dirait même qu’il s’en délecte, qu’il fait rouler le piton entre ses doigts pour faire durer le plaisir… Mais non! Il calcule, il évalue, il sonde et il manœuvre en attendant le bon moment… ou en créant le bon moment?

À la fin de la session parlementaire en juin, Stéphane Bédard, leader parlementaire du Parti Québécois, dévoilait une diapositive présentée aux députés et stratèges du Parti libéral établissant clairement la stratégie électorale de Jean Charest sous la forme d’une «ballot question» : l’économie et le Plan Nord avec le PLQ de Jean Charest, ou les référendums et la rue avec le PQ de Pauline Marois.

Le premier ministre aurait donc laissé volontairement traîner le conflit étudiant à des fins purement électoralistes. Avoir des manifestants dans la rue, de préférence exaspérés pour faire monter un peu la tension, est devenu essentiel. Sans quoi la stratégie tomberait… Et la publicité négative sortie début juillet par le Parti libéral pour dénigrer Pauline Marois qui frappe sur des casseroles vient le confirmer.

Combien de fonds publics investis dans cette campagne préélectorale, incluant les coûts engendrés par le conflit étudiant? Combien de dollars engagés dans des publicités non comptabilisées par le Directeur général des élections puisque la campagne n’est pas encore déclenchée officiellement?

Depuis janvier, nous n’avons plus de premier ministre au Québec. C’est maintenant le chef du Parti libéral qui préside aux affaires publiques, écorchant un peu plus au passage la perception des institutions, déjà bien mal en point si l’on en juge par le cynisme ambiant. Ce ne sont plus les intérêts supérieurs du Québec qui comptent maintenant, mais la réélection de Jean Charest.

Il semblerait même que les vacances des Québécois ne soient plus importantes, puisqu’on apprend aujourd’hui que le premier ministre aura sans doute le front de déclencher une campagne électorale en pleines vacances de la construction, dès le 1er août, alors que l’intérêt de la population sera à son plus bas. Pas parce qu’on veut tous des élections au plus vite, non! Parce que des citoyens et des journalistes qui manquent la moitié de la campagne électorale, ça fait l’affaire du PLQ…

Ainsi, pour éviter ce jeu de stratégies tout à fait nuisible à la démocratie car il favorise la réélection du parti au pouvoir, il est essentiel de se doter d’élections à date fixe, ce à quoi s’oppose fermement le Parti libéral du Québec. Nous sommes pourtant la seule province avec l’Alberta à ne pas avoir légiféré en ce sens. Une telle mesure, combinée à la limitation à deux mandats pour le premier ministre comme proposé par le Parti Québécois, contribuerait sans aucun doute à assainir les mœurs politiques et à réduire l’électoralisme de la gouvernance.

Les institutions ont été bien malmenées au Québec depuis 9 ans. Corruption, collusion, copinage, baillons à répétition, manipulation de l’information à des fins partisanes et — nous le voyons maintenant — électoralistes, judiciarisation inutile d’un conflit amenant la population à désobéir aux lois, et j’en passe! Le cynisme atteint des sommets, les citoyens se sentent dépourvus, mais il faut garder confiance! Un autre Québec est à portée de main!

Le temps d’embarquer

Lundi soir, bar Le Caucus, Lachute. Rassemblement électoral du Parti Québécois. Décompte des boîtes de scrutin, une à une. L’espoir est grand. Le comté d’Argenteuil appartient aux libéraux depuis 1966. Jamais le PQ n’est arrivé à y faire élire un député. Mais l’insatisfaction vis-à-vis du gouvernement Charest est immense. Et c’est le temps de le lui faire savoir. Roland Richer se hisse en première place. C’est une explosion de joie qui accueille chaque nouveau résultat. Et c’est la jubilation quand le PQ scelle enfin la victoire avec 501 voix d’avance, à la 180e boîte.

J’y étais. Ça sentait la coupe, c’était soir de finale en plus, l’ambiance était brûlante et suante, la chaleur collective a vite pris le dessus sur la clim, et la politique est vite devenue plus passionnante que le hockey. Ça sentait la fierté à plein nez, ça brillait dans les yeux, ça klaxonnait dans les rues. Jusqu’aux petites heures du matin. On en oubliait qu’on était lundi et qu’on travaillait le lendemain. Les plus vieux disaient que c’était comme la victoire du PQ en 1976. Moi, je me l’imaginais comme un mince aperçu de la nuit de liesse qui pourrait suivre la victoire du OUI à un référendum. C’était soir d’histoire et de fierté.

Oui, je travaille au PQ. Mais je n’écris pas ceci parce que je travaille au PQ. Je travaille au PQ parce que je pense ceci. Vraiment. Sincèrement. Et c’est le cas de tous ceux que j’ai rencontré ici jusqu’à maintenant. Des gens de convictions. Des gens fiers. Des gens qui portent une idée plus grande qu’eux. L’idée d’un pays. Dans un parti porteur d’histoire et d’espoir. Un parti fait d’hiers et de demains. Un parti rassembleur.

Oui, ça brasse souvent au PQ. Et ça bouillonne sur la place publique. Mais c’est le cœur même du parti, un parti de débats, un vrai parti démocratique. Pas de loi du silence, mais de la transparence. De la vérité. Et des idées. Qui brassent. Mais qui font avancer.

Hier, ça sentait la Saint-Jean avant le temps. Ça sentait l’été après le printemps. Ça sentait l’avenir à espérer. Le pays à concrétiser. Ça sentait le temps d’embarquer.