Ces enfants qu’on dit rois

Ceux qui se sentent impuissants devant la rage de cette jeunesse qui déferle à grands coups de créativité, de pacifisme et de joie de vivre, mais qui refuse obstinément de se taire, n’ont qu’une explication: ce sont des enfants rois. On leur a toujours tout donné tout cuit dans le bec et ils sont incapables d’essuyer un refus. Pourtant, ils sont le pur produit d’une évolution sociale qui se révélera sans doute salutaire pour l’avenir du Québec.

On a investi en eux une énergie dont aucune génération antérieure n’avait bénéficiée. On les a aimés comme des fous et on le leur a montré. On les a surprotégé, leur a mis un casque de vélo sur la tête et des coussinets partout, on n’en avait qu’un ou deux, on a tout parié sur eux.

Eh bien maintenant, on voit le résultat de cette éducation. Comme le disait ce père, par ailleurs entrepreneur bien établi, «nous les avons mieux élevés que nous le croyons et aujourd’hui, ils sont porteurs d’un changement qui est plus que nécessaire.»

On dit d’eux qu’ils veulent tout et tout de suite. Moi, je crois qu’ils sont gonflés à bloc d’amour parental, qu’ils jouissent de ce fait d’une confiance en eux inébranlable, qu’ils ont appris à négocier et à argumenter, qu’ils veulent comprendre avant d’accepter. Et que c’est peut-être là la clé. C’est peut-être ce qu’il fallait pour réussir là où les jeunesses précédentes ont échoué.

Leur en vouloir de se tenir debout, de ne pas baisser les bras, c’est comme de leur dire qu’ils doivent faire comme nous, prendre leur trou et endurer, parce que nous avons échoué et qu’eux n’ont pas le droit de réussir. De leur dire que ce n’est pas si grave si une élite établie continue de brader en douce nos ressources au service de ses propres intérêts et de sa descendance à elle. Qu’on devrait juste être contents d’avoir encore de quoi manger malgré toutes ces dettes qui nous écrasent. Qu’on devrait continuer de se fermer les yeux parce que si on les ouvrait bien grands, ce serait peut-être un peu trop déprimant.

Or, ce qu’on devrait plutôt faire, c’est de les soûler d’encouragements comme on l’a fait au hockey ou au patin tous les samedis matin. Se rappeler comme on était fier d’eux. Et comme on l’est encore.

Parce que grâce à eux, grâce à nous, il est enfin possible d’espérer des lendemains meilleurs, où l’entraide, la justice sociale et le partage de la richesse deviendraient réalité, où la démocratie reprendrait ses droits, et où le bien commun serait réellement au centre de toute décision politique.

En fait, moi, c’est plutôt quand je regarde la vidéo de Sagard que je me demande qui sont ceux qui se prennent vraiment pour des rois…

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Le sens des casseroles

Ça y est. Avec sa loi spéciale, le gouvernement Charest est allé juste un peu trop loin. Il avait l’appui d’une partie appréciable de la population, mais il a fait une gaffe monumentale : toucher aux droits fondamentaux de l’ensemble des citoyens pour s’attaquer à un problème circonscrit qu’il n’a pas su gérer. Ou qu’il n’a pas voulu régler.

En laissant pourrir la crise à son avantage, il a fait surgir des frustrations parfois bien loin enfouies, là où elles ne se seraient peut-être jamais réveillées. Une telle crise n’aurait pu naître avec aux commandes un gouvernement responsable.

Mais dans son arrogance, dans son mépris de la parole citoyenne, dans sa volonté de vouloir réduire la démocratie à un vote aux quatre ans, voilà ce que notre premier ministre a mis au grand jour :

— un gouvernement corrompu en fin de règne, prêt à tout pour se refaire une virginité électorale et faire oublier tous ses scandales;

— un gouvernement idéologique et conservateur, qui tente d’imposer le principe d’utilisateur-payeur à un peuple qui croit en la social-démocratie;

— un gouvernement manipulateur qui tente de nous faire croire que nous n’avons pas les moyens de nos ambitions sociales;

— un gouvernement à la solde des intérêts financiers et désireux de respecter la «capacité de payer» des minières et des banques, mais pas celle de ses citoyens;

— un gouvernement qui liquide nos ressources sans exiger de juste part, notre juste part;

— un gouvernement qui ne comprend pas ce qui se passe dans la rue parce qu’il ne s’est jamais abaissé à s’y rendre;

— un gouvernement qui ne fait pas grand-chose pour défendre le Québec face à la machine Harper, pourtant aux antipodes de nos valeurs;

— un gouvernement qui ne représente plus ses citoyens, mais les intérêts de ses amis et des membres de son parti.

Je pourrais continuer encore longtemps… Je vous invite par ailleurs à ajouter dans la section commentaires vos propres récriminations contre ce gouvernement qui ne nous gouverne plus.

La saison touristique s’en vient et les casseroles ne semblent pas vouloir se taire. La contestation reçoit des appuis du monde entier : France, États-Unis, Chili. Le ras-le-bol est mondial. L’hiver avait mis le couvercle sur la casserole des indignés, mais le printemps leur a fait prendre racine et se multiplier.

Monsieur Charest, vous aurez peut-être un seul mérite dans toute cette histoire :vous aurez su canaliser la rage de chacun des simples travailleurs que nous sommes en un mouvement citoyen qui nous permettra enfin, qui sait, de faire tout un saut vers l’avant, alors qu’on avançait à pas de tortue – quand on ne reculait pas – dans la lenteur et l’individualité de notre quotidien douillet. Et cela, je vous en remercie.

Quand l’idéologie nous gouverne

Quand durant 13 semaines, un premier ministre refuse de s’asseoir ne serait-ce que quelques minutes avec des représentants étudiants dûment élus et mandatés pour discuter d’une question cruciale pour l’avenir de la société.

Quand durant ces 13 semaines, aucune tentative de médiation n’est mise de l’avant, malgré les pressions répétées de l’opposition officielle.

Quand durant 13 semaines, toutes les propositions du gouvernement n’ont touché que des aspects sur lesquels la grève ne portait pas.

Quand après une entente que tout le monde croyait équitable et apte à régler la crise, les représentants du gouvernement sont allés crier victoire, soulignant qu’ils avaient gagné sur toute la ligne, sachant très bien que les étudiants ne pourraient ensuite accepter une telle entente.

Quand le nombre d’arrestations depuis le début de la grève est fortement supérieur à celui de la crise d’Octobre 1970 (plus du double en date d’aujourd’hui).

Quand Michelle Courchesne nous dit que le ton s’est durci du côté étudiant alors que la FECQ nous rappelle en point de presse qu’elle a proposé un nombre important de compromis la veille même, et que Le Devoir nous indique la «proposition consensuelle de M. Bureau-Blouin a reçu l’appui du Mouvement des étudiants socialement responsables pour la hausse (les « carrés verts »)».

Quand le gouvernement tente d’imposer l’idée que ce n’est qu’une minorité qui est contre la hausse, alors que Jeanne Reynolds nous rappelle que 360 000 étudiants ont voté contre l’offre du 5 mai et qu’au plus fort de la contestation, 75 % des étudiants étaient en grève.

Quand Jean Charest répond à un journaliste en conférence de presse: «As far as the Barreau is concerned, I did not heard its comments», alors que le Barreau a demandé quelques heures plus tôt au gouvernement qu’il respecte la démocratie étudiante et qu’il fasse appel à un médiateur.

Quand Paul Journet de La Presse nous apprend sur Twitter qu’à la suite de la conférence de presse d’hier, la FEUQ a appelé la ministre Courchesne et qu’elle «aurait avoué ne pas avoir examiné la proposition FECQ».

On peut affirmer que le gouvernement tente de nous tromper.

On peut croire que la décision du gouvernement était prise bien avant l’«ultime tentative de négociation» de mardi soir.

On peut croire que la décision du gouvernement avait même été prise avant la démission de Line Beauchamp.

On peut croire que Line Beauchamp est partie parce qu’elle ne voulait pas porter l’odieux d’une telle loi spéciale.

On peut affirmer que c’est le chef du Parti Libéral du Québec qui nous gouverne, et non le premier ministre du Québec.

On peut se souvenir que Jean Charest est l’ancien chef du Parti Conservateur du Canada, le parti de Stephen Harper.

On peut soutenir que notre gouvernement s’inspire de l’idéologie libertarienne, où la liberté individuelle prend le dessus sur la vision collective, comme au sein du Parti Républicain des États-Unis.

On peut se rappeler que même le nom de Jean Charest est un mensonge, puisque son nom légal est John James Charest.

Et on doit faire tout en notre possible pour, démocratiquement, nous débarrasser ce cette source de cynisme qu’est le Parti Libéral du Québec aux prochaines élections. Nous avons une devise, soyons-en dignes : Je me souviens!

Le problème, c’est pas Line, c’est la hausse!

Coup de théâtre: Line Beauchamp démissionne. Il y a deux semaines, Denis Lessard nous apprenait dansLa Presse que Line Beauchamp était prête depuis la fin mars à faire des compromis, mais qu’«autour de Jean Charest», on insistait pour maintenir le cap. Cap aura été maintenu. Et une nouvelle ministre aura été brûlée.

Au profit de qui? Encore une fois de M. Charest, qui ne compte plus les départs notables au sein de son cabinet: Nathalie Normandeau, la dernière vice-première ministre, brûlée sur la question des gaz de schiste (dossier non réglé); Monique Jérôme-Forget, ministre des Finances, démissionnaire au lendemain d’un budget difficile en avril 2009; Pierre Reid, ministre de l’Éducation, écarté durant la grève étudiante de 2005; et n’oublions pas Thomas Mulcair, parti en 2006 après un désaccord sérieux avec Jean Charest sur les questions du Suroît et de la privatisation du mont Orford, deux projets également abandonnés par le PLQ. Je vous épargne les Philippe Couillard, Julie Boulet, Marc Bellemare, Jacques Dupuis…

Le gouvernement tente de nous faire croire qu’il a fait tous les efforts possibles pour sortir de la crise. Mme Beauchamp soutient que c’est l’intransigeance des leaders étudiants qui l’a menée à démissionner. J’aurais davantage tendance à croire que c’est l’intransigeance du premier ministre qui aura eu raison d’elle. Les ordres, ils viennent de là.

Certains chroniqueurs essaient de réduire le mouvement étudiant à un groupuscule anarchiste révolutionnaire. On veut faire croire que le débat s’est élargi et que les étudiants remettent maintenant en cause tout le système. Or, la question reste simple: depuis le départ, la grève est basée sur la hausse des frais de scolarité, et c’est encore sur cette question que ça accroche.

Avec la démission de Mme Beauchamp, que personne n’a réclamée, on tente de nous faire croire en un ultime compromis. On tente de détourner le débat. Mais le véritable responsable de la crise, M. Charest, est toujours là. Par son entêtement à ne pas toucher à la hausse, à ne pas faire appel à unmédiateur, une solution pourtant bien simple, il fait perdurer le conflit depuis des semaines, par pur calcul politique.

Tout ça pour ça? Non… Tout ça pour lui.

Rouges, verts, unissons-nous

Je me lève ce matin avec le mal de coeur. J’ai dans la gorge 12 semaines de mépris. Pour la hausse, contre la hausse, là n’est plus la question. Je suis contre la hausse mais ouverte au dialogue. Je suis prête à écouter les verts, prête à faire des concessions. Comme les associations en grève étaient prêtes au compromis. Si compromis il y avait, bien entendu.

Dans une négociation, chacun doit faire son bout de chemin. Quand on annonce aux étudiants qu’on les fait venir un vendredi à 16 heures pour rouvrir le dialogue, pour parvenir à une entente, c’est qu’on est prêt à faire son bout de chemin. Sa «juste part» dans la négociation. Quand on les fait négocier pendant 20 heures de temps, passer la nuit debout, c’est qu’on s’attend à ce qu’enfin, il y ait compromis.

Mais ce matin, tout comme la grande majorité des étudiants en grève qui ont rejeté en bloc hier l’«offre» du gouvernement, j’ai la claire impression que celui-ci a tenté de nous flouer, pour ne pas être plus vulgaire.

Et dans ce «nous», j’inclus toute la population québécoise. Les étudiants, qu’on a usés par la fatigue au bout d’une nuit blanche et de 20 heures de négociations. Des étudiants dont on a profité de l’inexpérience et auxquels on a opposé une batterie de négociateurs professionnels. Des étudiants auxquels on a promis quelque chose qui ne s’est pas traduit dans le papier qu’on leur a fait signer, les yeux brouillés par la fatigue.

Mais dans ce «nous», j’inclus aussi les pro-hausse, dont le Parti Libéral se sert pour se rebâtir un électorat. Votre position est valable et vous méritez qu’elle soit entendue. Vous ne méritez pas qu’elle soit associée à la répression, qu’elle soit enfoncée dans la gorge des étudiants à grands coups de balles de caoutchouc. Vous méritez une place à la table de négociation, comme les tenants du gel, et même ceux de la gratuité. Nous avons la prétention de vivre dans une société démocratique et consensuelle. Faisons respecter ces principes de base!

Comme le souligne Michel David dans Le Devoir de ce matin, était-il nécessaire «d’agiter un drap rouge devant le taureau étudiant après le saccage de Victoriaville?». Comment un gouvernement peut-il être à ce point irresponsable? Comment un chef d’État peut-il être à ce point mesquin et égoïste?

Nous étions à un cheveu d’une sortie de crise, d’un retour en classe. Mais il a fallu que l’arrogance prenne le dessus, dans un ultime élan d’orgueil mal placé. «Nous avons gagné!» a clamé le duo Charest-Beauchamp ce week-end, «Nous n’avons rien cédé!». BRA-VO!

Ce que je vois aujourd’hui, c’est un chef d’État tout à fait indigne de ce titre, un chef d’État corrompu jusqu’à la moelle, un chef d’État en fin de parcours qui n’a plus d’autre voie que de nous utiliser,tous, pour le maintenir, lui, au pouvoir. Nous devrions exiger–tous ensemble–un meilleur traitement. Nous devrions exiger–tous ensemble–son départ immédiat.

Arrêtez de frapper sur nos enfants, c’est peut-être le vôtre!

Je n’en reviens pas. Tout simplement pas. Je regardais les images de la manifestation hier soir en direct à CUTV, et ce que je voyais, c’était une foule pacifique. Tout se passait bien. Et voilà que sur Twitter, le SPVM se met à parler de casseurs. Et tout à coup, sur CUTV, je vois la police charger les manifestants, sans raison apparente. Oui, il y a peut-être eu de la casse. Isolée. Alors pourquoi s’en prendre à la foule pacifique plutôt qu’aux individus malintentionnés? Pourquoi stigmatiser un mouvement en entier, poivrer des journalistes – le cameraman de CUTV l’a été en direct – pour une infime minorité? Pourquoi provoquer à ce point dans une situation déjà si tendue? Pour manipuler l’opinion publique?

Et là où j’en revenais encore moins, c’était en lisant les tweets de certains de mes concitoyens, qui appelaient à frapper encore plus fort:

«@SPVM Pourquoi n’utilisez-vous pas les camions de pompiers, pour arroser tout ça? Ça se fait partout ailleurs!!! C’est très efficace!»

«Je paye des impôts au Fédéral, elle est où l’armée calice??»

Quand je lis de tels commentaires, je me demande si leurs auteurs ont vraiment réfléchi à ce qu’ils prônent. Veulent-ils vraiment vivre dans une telle société? Ont-ils envie de vivre comme en Amérique latine, dans des villas clôturées et protégées par des gardes armées, parce qu’on a tant écrasé les pauvres qu’on est maintenant effrayé de leur colère plus que centenaire? Sont-ils prêts à accepter qu’on menotte des enfants de six ans dans les écoles «pour leur propre sécurité» quand ils sont en crise, comme on l’a vu aux États-Unis la semaine passée? Veulent-ils vraiment d’un état policier?

On ne peut pas continuer d’ignorer toute une frange de la population sous peine qu’on n’est pas d’accord avec son point de vue. Le Québec est un hâvre de paix sociale, où la culture du consensus a toujours su nous assurer un climat serein, reconnu à l’échelle internationale. Et pour entretenir le consensus, il faut écouter. Se parler. Discuter. Négocier.

Ce qu’a fait le Premier ministre vendredi en se moquant du mouvement étudiant, ce qu’a fait la ministre Beauchamp hier en rompant les négociations sous un prétexte bidon, c’est de mettre le feu aux poudres. C’est d’entretenir un conflit qui dure depuis déjà trop longtemps. Une situation sociale explosive rarement, sinon jamais vue au Québec. Sur une question pourtant somme toute facile à régler. Ce n’est pas la Crise d’Octobre, là!

Alors, de grâce, concitoyens, que vous soyez pour ou contre la hausse, intimez le gouvernement Charest à négocier! Ne vous tournez pas contre vos propres concitoyens, qui ne veulent qu’être entendus et sont simplement à bout d’être traités comme des nuisances publiques. Imaginez que ce soit vous qui vouliez être entendu et qu’on s’entête à vous repousser à coups de boucliers depuis deux mois.

Nous sommes en train d’écraser notre avenir! Ce sont ces jeunes qui paieront pour nos soins de santé dans quelques années, alors que le nombre de retraités montera en flèches et que nos hôpitaux déborderont. Ce sont eux qui rembourseront la lourde dette léguée par les générations antérieures. Donnons-leur une voix au chapitre!

Et Monsieur Charest, je vous en prie, rangez votre ego et prenez vos responsabilités!

Pour un Printemps québécois!

Printemps arabe, mouvement des indignés, manifestations étudiantes aux quatre coins du monde, grève générale en Espagne, vague de suicides en Grèce… Coïncidence? La grève générale illimitée menée à bout de bras par les étudiants québécois depuis plusieurs semaines n’est qu’un symptôme d’un malaise de plus en plus profond et généralisé : un ras-le-bol collectif et mondial vis-à-vis de l’élite économique, qui tente de faire croire au peuple qu’il n’a pas les moyens de ses ambitions.

Au Québec, on nous martèle depuis des années qu’on n’a plus les moyens de nos programmes sociaux, qu’il est temps de voir clair, d’être lucides. Et on commence à y croire. Sérieusement. Aujourd’hui, on nous dit qu’on n’a plus non plus les moyens de nos universités, qu’il est grand temps d’y investir, et que c’est aux étudiants, et donc aux familles, et donc aux petits contribuables, de payer. Encore. Après avoir absorbé une hausse du prix des maisons de 122% en 10 ans seulement. Une hausse du prix de l’essence d’environ 100% durant la même période. Et une hausse du prix des aliments de 30%. Le tout absorbé par le crédit, avec pour résultat un taux d’endettement deux fois plus élevé qu’il y a 20 ans. Bref, on demande à une population déjà prise à la gorge de payer encore. Ou du moins de payer pour les services qu’elle utilisera parce que ce n’est pas aux autres de payer pour elle.

Et voilà une première épine dans le pied de la social-démocratie. On évoque la poche de l’individu pour tourner ledit individu contre les autres individus. On nous individualise. On nous désunit. On nous désolidarise. Chacun pour soi et à chacun son argent! Tous étouffés que l’on est par nos dettes, l’argument a de quoi plaire. Et on essaie de nous faire croire qu’on n’a pas d’autres choix, qu’ainsi va la vie et qu’il faut être lucides. Et donc couper dans le filet social. Dans le filet qui nous unit. Et qui nous retient dans la société. En société.

Or, ce n’est pas le cas. Nous avons le choix. Parce que dans cette société, il n’y a pas que nous, petits travailleurs et petits contribuables, le 99% auquel faisaient référence les indignés. Il y a aussi le 1%, composé d’importants intérêts économiques et financiers qui engrangent des profits milliardesques chaque année. Et dans le sol de cette société, en l’occurrence québécoise, il s’adonne à y avoir quantité de ressources naturelles. Des ressources qui NOUS appartiennent. Des ressources que l’on donne trop souvent à rabais ou à rien pantoute, au nom de la libre entreprise et de la nécessité d’être concurrentiel. Des richesses collectives qui pourraient venir s’ajouter à notre poche individuelle. Sous forme notamment de programmes sociaux. De services gratuits. D’éducation abordable. Pour tous. Pour améliorer notre collectif. Et pour améliorer celui des générations futures grâce à un fonds qui pourrait leur permettre de profiter elles aussi de ressources qui seront peut-être alors épuisées.

Alors chez les indignés, dans le mouvement étudiant, dans ce rassemblement du 22 avril qui s’annonce historique au Québec, ce qu’on devrait entendre, c’est ça : il faut encore rêver, il faut prendre en main notre destin, il faut rapatrier le profit, il faut redevenir maîtres chez nous. Nous avons les moyens de nos ambitions! Étudiants, travailleurs, unissons-nous et réclamons notre juste part!

Il point à l’horizon un de ces printemps qui promet d’être québécois : souhaitons-nous-le donc un tantinet plus révolutionnaire que tranquille.