Sur les vieux partis et le bipartisme

On entend beaucoup parler ces temps-ci de «vieux partis» et de bipartisme. Il faudrait absolument mettre fin à cette alternance, que l’on dit sans fin. À tout prix! Quitte à élire un parti sans aucune expérience… Mais pour quelles raisons exactement? Dans cette perspective bipolaire, on oppose le Parti libéral du Québec au Parti Québécois. Or, certaines considérations s’imposent dans cette vision simpliste.

D’abord, le Parti libéral du Québec existe depuis 1867. On peut à juste titre le qualifier de «vieux». Le Parti Québécois, quant à lui, a été créé en 1968. Historiquement parlant, c’est un parti plutôt jeune… C’est aussi le parti qui, en quatre mandats, a le plus contribué à faire avancer le Québec grâce à ses idées fraîches. Des exemples? La loi 101, la SAAQ, les MRC, le BAPE, la CSST, la Commission des normes du travail, la Régie du logement, les CPE, les Carrefours jeunesse emploi, les CLD, la Paix des Braves, et j’en passe des tonnes!

Ce que beaucoup de gens ignorent, c’est que le Parti Québécois est un parti démocratique. C’est donc un parti en constant renouvellement. Les idées viennent de la base, des militants, et donc des citoyens. Et tout le monde peut y faire une différence. Par conséquent, c’est un parti qui reste près du peuple et de ses revendications. C’est un parti près des travailleurs, des familles, des gens comme vous et moi. Et c’est surtout un parti de convictions, qui se bat pour les intérêts supérieurs du Québec, et non pour des intérêts personnels. Quand tu aspires à faire un pays, tu bâtis solide!

C’est aussi pour cette raison que je ne crois pas qu’on favorise une simple alternance de partis en élisant le Parti Québécois. Avec le bouillonnement d’idées qui lui est propre, le débat constant, le parti avance à grands pas. Après neuf années d’opposition, c’est à un nouveau parti que nous avons affaire, un nouveau programme, une nouvelle chef, une nouvelle conjoncture. Un parti 100% 2012, 100% tourné vers l’avenir! Pourquoi pensez-vous que les Léo Bureau-Blouin, Pierre Duchesne, Daniel Breton, Réjean Hébert ont décidé de s’y joindre? Parce que c’est un parti profondément ouvert et progressiste qui peut changer les choses!

L’expérience est un atout majeur pour le Parti Québécois. Pauline Marois est en politique depuis plus de 30 ans. Elle a touché à différents ministères. Elle a négocié des ententes constitutionnelles avec Ottawa, notamment lors de la création des commissions scolaires linguistiques. Elle connaît les rouages. Dès le premier jour d’un mandat, elle saura exactement où diriger les forces du parti pour réaliser le programme, par ailleurs très ambitieux. Et elle sera à la tête d’une solide équipe, composée de représentants de tous âges et de tous horizons. L’espoir, il est là!

Les neuf dernières années de gouvernement libéral nous ont mené au cynisme. On en est venu à ne plus croire en la chose politique, à ne plus croire aux promesses, à ne plus croire en la possibilité de changer les choses. Jean Charest a réussi à nous convaincre de nouveau qu’on était nés pour un petit pain, qu’on n’avait pas les moyens de nos ambitions. Il a érigé le copinage et la corruption en système d’État. Et il l’a fait avec un tel mépris, une telle arrogance, jusqu’au point où tout le monde a perdu confiance en nos possibilités.

Il faut aussi se rappeler que dans le système actuel, seul le Parti Québécois a la possibilité de remplacer le gouvernement de Jean Charest. Et que si le Parti Québécois est élu, le système pourra enfin changer. Ce qui n’est pas au programme, les citoyens pourront le proposer grâce aux référendums d’initiative populaire. On est tellement habitués au contraire qu’on a oublié que c’était possible, un gouvernement à l’écoute de ses citoyens! Mais ce l’est! Et il est à portée de vote!

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Vivement des élections à date fixe!

Ça fait des mois que le premier ministre joue avec nos nerfs. Lui seul a le pouvoir de déclencher ces élections tant attendues et tant réclamées. Et on dirait même qu’il s’en délecte, qu’il fait rouler le piton entre ses doigts pour faire durer le plaisir… Mais non! Il calcule, il évalue, il sonde et il manœuvre en attendant le bon moment… ou en créant le bon moment?

À la fin de la session parlementaire en juin, Stéphane Bédard, leader parlementaire du Parti Québécois, dévoilait une diapositive présentée aux députés et stratèges du Parti libéral établissant clairement la stratégie électorale de Jean Charest sous la forme d’une «ballot question» : l’économie et le Plan Nord avec le PLQ de Jean Charest, ou les référendums et la rue avec le PQ de Pauline Marois.

Le premier ministre aurait donc laissé volontairement traîner le conflit étudiant à des fins purement électoralistes. Avoir des manifestants dans la rue, de préférence exaspérés pour faire monter un peu la tension, est devenu essentiel. Sans quoi la stratégie tomberait… Et la publicité négative sortie début juillet par le Parti libéral pour dénigrer Pauline Marois qui frappe sur des casseroles vient le confirmer.

Combien de fonds publics investis dans cette campagne préélectorale, incluant les coûts engendrés par le conflit étudiant? Combien de dollars engagés dans des publicités non comptabilisées par le Directeur général des élections puisque la campagne n’est pas encore déclenchée officiellement?

Depuis janvier, nous n’avons plus de premier ministre au Québec. C’est maintenant le chef du Parti libéral qui préside aux affaires publiques, écorchant un peu plus au passage la perception des institutions, déjà bien mal en point si l’on en juge par le cynisme ambiant. Ce ne sont plus les intérêts supérieurs du Québec qui comptent maintenant, mais la réélection de Jean Charest.

Il semblerait même que les vacances des Québécois ne soient plus importantes, puisqu’on apprend aujourd’hui que le premier ministre aura sans doute le front de déclencher une campagne électorale en pleines vacances de la construction, dès le 1er août, alors que l’intérêt de la population sera à son plus bas. Pas parce qu’on veut tous des élections au plus vite, non! Parce que des citoyens et des journalistes qui manquent la moitié de la campagne électorale, ça fait l’affaire du PLQ…

Ainsi, pour éviter ce jeu de stratégies tout à fait nuisible à la démocratie car il favorise la réélection du parti au pouvoir, il est essentiel de se doter d’élections à date fixe, ce à quoi s’oppose fermement le Parti libéral du Québec. Nous sommes pourtant la seule province avec l’Alberta à ne pas avoir légiféré en ce sens. Une telle mesure, combinée à la limitation à deux mandats pour le premier ministre comme proposé par le Parti Québécois, contribuerait sans aucun doute à assainir les mœurs politiques et à réduire l’électoralisme de la gouvernance.

Les institutions ont été bien malmenées au Québec depuis 9 ans. Corruption, collusion, copinage, baillons à répétition, manipulation de l’information à des fins partisanes et — nous le voyons maintenant — électoralistes, judiciarisation inutile d’un conflit amenant la population à désobéir aux lois, et j’en passe! Le cynisme atteint des sommets, les citoyens se sentent dépourvus, mais il faut garder confiance! Un autre Québec est à portée de main!

De l’importance du social en société

J’écoutais l’autre jour Éric Duhaime débattre à la première chaîne. Il était question de redistribution de la richesse. Selon lui, la motivation première de l’humain étant de s’enrichir personnellement, on gagnerait en tant que société à laisser les individus faire la course de l’enrichissement individuel, ce qui donnerait lieu à une plus grande richesse collective – une hypothèse qui reste à prouver. Il soutenait qu’il préférait que l’écart entre riches et pauvres soit plus grand pour obtenir une richesse collective plus élevée. Éric Duhaime défend une idée libertarienne de la société, qui rejette massivement l’intervention de l’État dans l’économie, et donc la redistribution des revenus.

Or, ce que les tenants du tout-économique évacuent trop souvent, c’est l’aspect social de la vie en société. Au quotidien, nous interagissons avec une foule d’inconnus. Pour que la confiance prenne le dessus sur la méfiance, certaines conditions sont nécessaires. Et le bien-être minimal de chacun en est une, sinon la plus importante.

Je reviens d’un séjour à New York, qui m’a permis de réfléchir sur ce climat de confiance et de sécurité qui règne au Québec. Une sécurité toute naturelle qui n’a pas besoin d’armes pour exister. Une sécurité qui s’installe quand tout le monde a à boire et à manger, quand tout le monde a un toit sur la tête. Quand personne n’a à voler pour survivre. Quand personne n’est assez désespéré pour tenter l’irréparable. Quand l’envie n’est pas nourrie par la faim et le ressentiment. Quand on partage. Parce que le filet social existe. Et parce que les riches sont un peu moins riches pour que les pauvres soient un peu moins pauvres.

Un exemple anodin : dans une station-service de Staten Island, banlieue de Manhattan aux airs tranquilles. Je demande de l’aide à la pompe au caissier, bien en sécurité derrière la fenêtre de plastique qui nous sépare. Il sort dehors pour m’aider, mais prend soin de barrer la porte du commerce derrière lui. De petits riens qui illustrent pourtant bien le climat de peur qui peut régner quand les pauvres sont trop pauvres et que les vols se multiplient en conséquence.

Il y a bien sûr des pauvres au Québec, mais il pourrait y en avoir encore moins. Ou pas du tout, même. C’est une utopie, mais c’est aussi une vision, une direction à prendre. Collectivement. Pour garder cette douce atmosphère qui flotte sur le Québec. Ces sourires que l’on échange. Cette confiance que l’on partage. L’esprit d’entraide, l’esprit de famille. Au quotidien, la vie est tellement plus légère. Plus conviviale. Plus sociale. Plus agréable.

Parce qu’en s’en remettant totalement à l’économie, à la lutte individuelle pour l’enrichissement personnel, on fait peut-être appel à une profonde motivation humaine, mais on fait aussi appel à l’instinct animal, à l’instinct de survie. Et quand sa survie est menacée, on est prêt à beaucoup. On est prêt à tout. Oh oui, on performe, on se dépasse, mais dans l’urgence de survivre, au détriment des autres. C’est la loi du plus fort. Avec les résultats qu’on peut imaginer.

Avant de prêter foi au tout-économique – de grâce – rappelons-nous que nous vivons en société et qu’il ne faut jamais évacuer l’aspect social qui en fait un bon bout pour nous distinguer de l’animal. Souvenons-nous aussi que s’il fait si bon vivre au Québec, on le doit beaucoup à la Révolution tranquille et aux programmes sociaux mis en place au fil de longues années de travail collectif. Ne faisons pas l’erreur de tourner le dos à de si précieux acquis. C’est l’esprit même du Québec qui en dépend.